Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle



Histoire et Politique | Edité en 2018 | ISBN: | Prix: 0 GNF

La prise et le transfert d’objets d’art, de culte ou de simple usage accompagnent les projets d’empire depuis l’Antiquité. Deux dynamiques se croisent. Appropriation esthétique, intellectuelle et économique du patrimoine d’autrui, qui dans les villes du vainqueur, ses maisons, ses cercles savants et sur le marché de l’art acquiert une valeur et une vie propres, déconnectées des origines. Aliénation et déculturation intentionnelle des populations soumises, dont l’équilibre psychologique est brisé, parfois définitivement, par le départ d’objets-repères transmis de génération en génération. Il y a deux mille ans et deux siècles, l’historien grec Polybe posait les fondements d’une théorie politique des captations patrimoniales.

Lui-même otage politique à Rome pendant plus de quinze ans, il décrit la double peine que le vainqueur inflige au vaincu en le privant non seulement de son patrimoine culturel, mais en l’invitant qui plus est à admirer dans ses villes le spectacle humiliant de ses dépouilles dépaysées. De tels spectacles excitent la colère et la haine des victimes, avertit Polybe, qui exhorte les vainqueurs du futur à « ne pas faire des calamités d’autrui l’ornement de leur patrie. »

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